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La vie c'est filmer
La vida es filmar


Beat Borter Extraits tirés d’une interview avec Beat Borter
Beat Borter

BIOGRAPHIE

Le cinéma a joué un rôle très important dans les 57 années de vie de Beat Borter. A 17 ans déjà, il écrivait des critiques de film et adorait le cinéma italien depuis Antonioni jusqu’aux western-spaghetti! Depuis longtemps, il enseigne les langues étrangères, donne des cours de cinéma et organise des projections de film (également comme président du Filmpodium de Bienne).
Depuis le début des années 90, des voyages réguliers en Amérique latine, en particulier au festival du film de La Havane, lui ouvrent de nouveaux horizons. Après de petits films-vidéos, il a tourné, en 1997, un documentaire de 47 minutes en espagnol, sur Bienne, sa ville natale, jumelée avec San Marco du Nicaragua, en guise de cadeau à cette dernière.


FILME

BIEL-BIENNE
(Documentaire, 1997)

LEBEN IST FILMEN
(Documentaire, 1998)

BIELBIENNE01-02.CH
(Documentaire, 2002)

L'ART DE L'IMAGINATION EXACTE
(Documentaire, 2006)

Extraits tirés d’une interview avec Beat Borter

«La vida es filmar» est un documentaire sur le tournage du film «La vie, c’est siffler» de Fernando Pérez. Pourquoi Fernando Pérez?

Tous les films de Fernando Pérez ont décrit avec précision et exactitude ce qui se passe dans son pays: «Clandestinos» (1987) ou la foi ininterrompue en la révolution cubaine; «Hello Hemingway» (1990) ou la signification des rêves individuels; «Madagascar» (1994) ou la paralysante incertitude face à l’avenir, à savoir, comment les choses vont évoluer, et maintenant, «La vie, c’est siffler» ou la recherche libératrice du bonheur personnel.
A cela s’ajoute le fait qu’une très profonde amitié nous lie depuis des années et que nous avons énormément discuté lors du tournage de «La vie, c’est siffler». De plus j‘ai tourné une vidéo sur la réalisation du film lui-même en essayant d’y intégrer l’environnement, les rues de La Havane avec ses nombreux badauds et leurs réactions.


Quel arrangement avez-vous fait avec Fernando Pérez avant le début du tournage?

Fernando m’a assuré, dès le début, que je pouvais filmer ce que je voulais et à n’importe quel moment. Pendant les 5 semaines qu’a duré le tournage, en été 1998, il n’y a eu que de rares moments où j’ai dû interrompre une interview parce qu’il lui fallait le silence complet et la rue entière pour filmer. Nous faisions partie, en un certain sens, du groupe de tournage, tout en étant des observateurs parfaitement libres.

Ton film a été présenté en même temps que «La vie, c’est siffler» au festival du film d’Amérique latine à La Havane. Tu as également eu la possibilité de le présenter dans 2 villes de province; en outre on en a parlé dans le journal du festival, honneur réservé à quelques-uns des 500 films seulement...

A mon avis, les réactions à mon film, à Cuba, ont été grandioses. J’ai toujours eu l’intention de tourner un film documentaire qui intéresserait aussi bien les spectateurs cubains que les Suisses.
Ce qui a surtout plu aux Cubains, c’est ma manière d’approcher les gens de la rue. Une vieille femme m’a confié, à la sortie du cinéma, après avoir vu mon documentaire, que, ce jour-là, je l’avais rendue heureuse.
Certains Cubains étaient de prime abord plutôt sceptiques quant à la durée du film. A Cuba, il n’existe, depuis quelques années, que très peu de nouveaux documentaires et ceux qui sont tournés durent à peine plus de 10 à 20 minutes. «La vida es filmar» est, en ce sens, quelque chose de plutôt inhabituel. Fernando Pérez avait lui aussi au départ des doutes en ce qui concerne la durée de mon documentaire.
Aujourd’hui par contre, il trouve que le film a la bonne durée et il avoue qu’il l’a énormément touché.... ceci est pour moi le plus beau compliment !

Certains journalistes européens présents à La Havane étaient plutôt déçus du fait que les personnes de la rue interrogées n’avaient pas fait de critiques plus ciblées contre le gouvernement cubain et son système politique.
Avais-tu, lors des interviews, l’impression que les gens avaient peur d’exprimer leur opinion ?


Naturellement, tout le monde ne veut pas parler de ses convictions et de ses sentiments devant une caméra.
Mais mon but premier n’était pas de provoquer des critiques négatives sur le gouvernement. Mes questions concernaient bien plus les thèmes du film de Fernando Pérez: à savoir, comment on peut mener à bien la recherche du bonheur ou ce qu’il faut faire pour être heureux... Les gens ont répondu très spontanément à ces questions.
En filmant «La vida es filmar», je n’avais nullement l’intention de faire du travail journalistique qui aurait consisté à poser quelques questions provocantes dans le but de préparer un sujet pour la télévision.
«La vida es filmar» est bien plus un hommage au cinéma, à mon ami, le réalisateur Fernando Pérez et aux habitants de La Havane qui essaient, dans des conditions difficiles, de trouver le bonheur.
Cette question universelle de la recherche du bonheur est, en un sens, indépendante du système dans lequel vivent les individus; mais en même temps, on ne peut y répondre qu’en tenant compte du contexte socio-politique.
Un exemple: un vieil homme me confiait: «il me manque le plus important, pour être heureux: une femme!» tandis qu’un plus jeune m’avouait: «mon bonheur? Comme tout le monde, j’aimerais quitter ce pays. Je ne me plais pas ici.»
A ce moment de la projection, on peut entendre une rumeur dans le public, car jusqu’ici, on n’a jamais entendu au cinéma une telle déclaration!
Naturellement, ce sont des opinions que l’on entend dans la rue quotidiennement, mais jamais au cinéma ou à la télévision!
Les discussions avec les indigènes ont montré que «La vida es filmar» a été diversement compris à certains niveaux et que le film témoigne des sentiments vitaux que l‘on éprouve aujourd’hui à Cuba.
Pourtant, les spectateurs de pays aussi différents que la Colombie, l’Uruguay et l’Argentine, où ce film a été projeté, ont spontanément fait un lien entre ces témoignages et leur propre situation. J’espère que le public suisse réagira de la même manière.