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Le rêve des eaux grandes et bleues
Der Traum vom grossen blauen Wasser
Karl Saurer - Suisse 1993

Images et histoire(s) d’une vallée préalpine de la Suisse Centrale – dans un milieu de pauvre-té, de perte, d’espoir et de „progrès“ – rassemblées dans une recherche documentaire sur une période de presque un siècle. Histoire contenue dans des expériences et narrations personnel-les, qui nous amènent parfois loin du fleuve méandrant de la Sihl, pour revenir de nouveau dans la haute vallée entre le Drusberg et l’Etzel. Mémoires de perte et du passé, d’un sacrifice involontaire d’une part – et d’euphorie sur les découvertes techniques d’autre part. Les peines et les labeurs de la vie simple et austère, et l’espoir d’un bien-être, stimulé par „l’étincelle éléctrique qui jette sa lueur puissante dans le nouveau siècle“. „Les eaux grandes et bleues“ comme métaphore pour la plénitude, l’abondance et la richesse – contraste séduisant du quo-tidien aride et pauvre.

Le film met en lumière les contradictions et les conflits entre une région rurale de montagne et les régions industrialisées des plaines, entre l’étroit et le large, entre l’indépendance et la do-minance, entre les objectifs régionaux et nationaux, entre les intêréts économiques et écologi-ques. En se centrant sur des événements concrèts et complexes qui sont néanmoins exemplai-res aussi pour d’autres régions et développements, le film raconte une histoire rurale peu con-nue à grandes conséquences, apportant une scission et un changement essentiel pour le paysa-ge et les habitants de la vallée en question.

L’évenement le plus visible: le barrage de la Sihl au pied de l’Etzel. Le 19 avril 1937 à 10.49 heures, les eaux du lac artificiel, grandissant lentement, allaient recouvrir 11 kilomètres carrés de pâturages, prés, champs cultivés et de tourbe et un marais de montagne d’austère beauté. 107 fermes avec leurs champs agricoles étaient sacrifiés, plus de 1700 personnes en étaient touchées existentiellement.

Le film documente aussi bien les expériences des paysans expropriés que celles des ouvriers qui construisaient les barrages du lac et montre quelques formes artistiques qui essayaient de réfléter le grand changement. Entre autres on y trouve des extraits de films muets de Othmar Baur et de Gottfried Schönbächler, ainsi que des photographies de Hans Staub. Et le film montre également le conflit toujours actuel concernant les revenues des ressources prises à la haute vallée: un des aspects de la „colonialisation alpine“.

„Le rêve des eaux grandes et bleues“ nous ramène à la fin à la source montagneuse de la Sihl: Une vieille légende locale raconte l’histoire d’un homme qui voulait s’emparer des richesses cachées de la nature.